Journée internationale des droits des femmes

08.03.2022

3 ques­tions à… Claire François, direc­trice de l’Inist. 

  • Vous êtes entrée à l’Inist en 1990 et vous en avez pris la direc­tion en 2018. Après 28 ans dans l’Institut, le fait d’en devenir direc­trice était pour vous une conti­nuité dans votre évolu­tion profes­sion­nelle ou était-ce un véri­table challenge ?

Devenir direc­trice n’a jamais été un objec­tif pour moi. Mon seul critère est de travailler sur un projet enthou­sias­mant, avoir un chal­lenge qui m’oblige à déployer des ressources insoupçonnées.

Si je regarde mon parcours à l’Inist, il peut sembler très linéaire : ingé­nieure R&D, respon­sable de service, d’un pôle d’une tren­taine de personnes, d’un dépar­te­ment d’une centaine de personnes, et enfin direc­trice. En fait, je peux diviser ma carrière en 2 temps, une première partie orien­tée vers la R&D très riche et enri­chis­sante, une seconde partie où j’ai pris conscience qu’il était devenu néces­saire de réin­ven­ter pour l’Inist et que je pouvais appor­ter ma vision et mes compé­tences dans cette aventure.

Quand Dominique Wolf m’a proposé de prendre l’intérim à son départ, j’ai réalisé que j’avais la capa­cité de relever ce chal­lenge et que je pouvais être utile pour mettre en œuvre le projet de l’Inist qui en était à ses débuts.

  • Au 31 décembre 2020, la part de femmes parmi les direc­teurs d’unité au CNRS était de 24,3 %*. Même si ce taux a augmenté de 2 % par rapport à 2019, les femmes sont encore peu présentes dans cette fonction.
    Qu’est-ce qui pour­rait expli­quer ce chiffre selon vous ?

En endos­sant ce rôle, les instances du CNRS nous expliquent que nous assu­mons la respon­sa­bi­lité de tout ce qui se passe au sein de l’unité et en parti­cu­lier la sécu­rité des agents.

C’est peut-être cette notion de respon­sa­bi­lité qui peut poser problème. Dans la mesure où les femmes assument encore une majo­rité des tâches dans leur vie de famille, il est sans doute diffi­cile de conci­lier ces deux respon­sa­bi­li­tés pendant toute une partie de leur carrière. Je me demande si elles ne prennent pas, si nous ne prenons pas, trop au sérieux cette notion de respon­sa­bi­lité. Au CNRS, nous avons toute l’organisation de l’institution pour nous épauler et nous pouvons égale­ment nous appuyer sur l’équipe d’encadrement.

  • Quelle femme, dans votre entou­rage person­nel ou dans la vie publique, est pour vous un modèle inspirant ?

Je n’ai pas vrai­ment de modèle inspi­rant, il s’agit plus géné­ra­le­ment d’un climat favo­rable. Adolescentes avec mes amies, nous avions bien conscience que nous profi­tions des avan­cées obte­nues par nos ainées, de la géné­ra­tion de nos mères.

Quelques exemples…

Je me souviens d’avoir lu enfant une bande dessi­née sur quelques feuilles décri­vant le parcours de Marie Curie et se termi­nant pas un dessin où elle montrait à ses étudiants ses mains déjà abimées par la radioactivité.

Aux Antilles, j’ai lu le roman Pluie et vent sur Télumée Miracle de Simone Schwarz-Bart, le titre est déjà tout un programme. L’histoire se situe quelques années après l’abolition de l’esclavage, et suit le parcours d’une jeune femme noire dans cette société qui s’inventait en tenant compte du cadre mis en place par les békés.

Quand j’étais étudiante en DEA (équi­valent du master 2), je côtoyais une cher­cheure brillante, elle faisait réfé­rence dans sa spécia­lité. Néanmoins, elle n’était pas respon­sable d’équipe, elle était céli­ba­taire. Avec mes amies étudiantes, nous nous posions la ques­tion du prix à payer dans notre choix professionnel.

Maintenant la situa­tion a bien évolué, et dans le domaine de la docu­men­ta­tion la part des femmes est suffi­sam­ment impor­tante pour qu’elles se retrouvent à tous les types de postes.

 

*Source : Rapport social unique du CNRS 2020.